Bilan 2001 des changements climatiques :
Conséquences, adaptation et vulnérabilité

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2.6 Les effets éventuels à grande échelle, qui peuvent se révéler irréversibles, exposent à des risques qui n’ont pas encore été quantifiés de manière fiable

L’évolution projetée du climat7 durant le XXIe siècle pourrait entraîner des modifications à grande échelle, peut-être irréversibles, des systèmes de la planète, dont les effets seraient perceptibles à l’échelle continentale et mondiale. Ces possibilités dépendent largement des scénarios climatiques, et toute une série de scénarios plausibles n’ont pas encore été évalués. A titre d’exemple, on peut à cet égard mentionner le ralentissement marqué de la circulation océanique qui transporte les eaux chaudes vers l’Atlantique Nord, la forte réduction des nappes de glace du Groenland et de la partie ouest de l’Antarctique, le réchauffement accéléré de la planète par suite de rétroactions du cycle du carbone dans la biosphère terrestre ainsi que des rejets de carbone terrestre à partir de zones à pergélisol et des émissions de méthane provenant d’hydrates présents dans les sédiments côtiers. La probabilité d’un grand nombre de ces modifications des systèmes de la planète est mal connue, mais elle est sans doute très faible; on prévoit cependant qu’elle augmentera en proportion du rythme, de l’ampleur et de la durée des changements climatiques (voir la Figure SPM-2). [3.5, 5.7, et 7.2.5]

Si ces modifications des systèmes de la planète devaient se produire, leurs effets seraient multiples et durables. A titre d’exemple, un ralentissement marqué de la circulation thermohaline aurait une incidence sur la teneur en oxygène des eaux profondes et l’absorption du carbone par les océans et les écosystèmes marins et réduirait le réchauffement dont bénéficient certaines parties de l’Europe. La désintégration de la nappe glaciaire de l’Antarctique ouest et la fonte de l’inlandsis groenlandais pourraient entraîner une élévation du niveau de la mer qui pourrait atteindre trois mètres pendant les 1000 ans à venir8, provoquant la submersion de beaucoup d’îles et l’inondation de vastes zones côtières. Selon le rythme de la fonte des glaces, la vitesse et l’ampleur de l’élévation du niveau de la mer pourraient grandement outrepasser la capacité des systèmes humains et naturels de s’adapter sans de trop lourdes conséquences. Sous l’effet du réchauffement, les rejets de carbone terrestre à partir des zones à pergélisol et les émissions de méthane en provenance des hydrates présents dans les sédiments côtiers contribueraient encore à augmenter la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et à amplifier le changement climatique. [3.5, 5.7, et 7.2.5]

Tableau SPM 1 : Quelques conséquences des changements attendus dans les phénomènes climatiques extrêmes
Nature et vraisemblancea des changements attendus au XXIe siècle dans les phénomènes climatiques extrêmes

Exemples représentatifs des conséquences attenduesb (toujours avec un degré élevé de confiance dans certaines régionsc)


Extrêmes simples

Températures maximales plus élevées, plus de journées chaudes et de vagues de chaleurd sur presque toutes les terres émergées (très probablea)

  • Hausse de l’incidence des décès et des maladies graves chez les personnes âgées et les pauvres en milieu urbain [4.7]
  • Augmentation du stress thermique chez le bétail et dans la faune [4.2 et 4.3]
  • Modification des destinations touristiques [Tableau TS-4 et 5.8]
  • Aggravation des risques de dommages à certaines cultures [4.2]
  • Augmentation de la consommation électrique pour le refroidissement et baisse de la fiabilité des approvisionnements énergétiques [Tableau TS-4 et 4.5]

Températures minimales plus élevées, moins de journées froides, de jours de gel et de vagues de froidd sur presque toutes les terres émergées (très probablea)

  • Baisse de la morbidité et de la mortalité liée au froid [4.7]
  • Atténuation des risques de dommages à certaines cultures, aggravation pour d’autres [4.2]
  • Extension de l’aire de répartition et de l’activité de certains animaux nuisibles et vecteurs de maladies [4.2 et 4.3]
  • Diminution de la consommation énergétique pour le chauffage [4.5]

Episodes de précipitations intenses plus fréquents (très probablea, sur de nombreuses régions)

  • Augmentation des dommages provoqués par les inondations, les glissements de terrain, les avalanches et les coulées de boue [4.5]
  • Accélération de l’érosion des sols [5.2.4]
  • Accélération possible de la recharge de certaines nappes des plaines d’inondation par l’augmentation de l’écoulement de crue [4.1]
  • Accentuation des pressions sur l’Etat, les régimes privés d’assurance-inondation et les programmes d’assistance aux sinistrés [Tableau TS-4 et 4.6]
Extrêmes complexes

Assèchement estival plus accentué à l’intérieur de la plupart des continents aux latitudes moyennes et risque de sécheresse (probable a)

  • Baisse du rendement des cultures [4.2]
  • Aggravation des dommages aux fondations des ouvrages dus au retrait des sols [Tableau TS-4]
  • Diminution de la quantité et de la qualité des ressources en eau [4.1 et 4.5]
  • Augmentation des risques de feux de forêt [5.4.2]

Pointes de vent plus intenses et moyennes et pointes de précipitations plus intenses lors des cyclones tropicaux ( probablea, dans certaines régions)e

  • Aggravation des risques de décès, d’épidémies infectieuses et de nombreux autres phénomènes [4.7]
  • Accélération de l’érosion des côtes et aggravation des dommages aux ouvrages et bâtiments côtiers [4.5 et 7.2.4] [4.5 et 7.2.4]
  • Aggravation des dommages aux écosystèmes côtiers tels les récifs coralliens et les mangroves [4.4]

Sécheresses et inondations plus intenses associées aux épisodes El Niño dans de nombreuses régions différentes (probablea) [Voir aussi Episodes de précipitations intenses et Sécheresse]

  • Réduction de la productivité des terres agricoles et des parcours dans les régions sujettes à la sécheresse et aux inondations [4.3]
  • Baisse du potentiel hydroélectrique dans les régions sujettes à la sécheresse [5.1.1 et Figure TS-7]

Variabilité plus grande des précipitations lors de la mousson d’été en Asie (probablea)

  • Augmentation de l’ampleur des inondations et des sécheresses et aggravation des dommages en Asie tempérée et tropicale [5.2.4]

Tempêtes plus intenses aux latitudes moyennes (peu de concordance entre les modèles actuels)d

  • Aggravation des risques pour la santé et la vie humaine [4.7]
  • Augmentation des pertes de biens et d’infrastructure [Tableau TS-4]
  • Aggravation des dommages aux écosystèmes côtiers [4.4]

a. La vraisemblance renvoie à l’appréciation du degré de confiance, selon l’échelle utilisée par le Groupe de travail I : très probable (90 à 99 % de chances), probable (66 à 90 % de chances). Sauf indication contraire, les informations sur les phénomènes climatiques proviennent du Résumé à l’intention des décideurs, TAR GTI.
b. Ces conséquences pourraient être amoindries par des mesures de parade adaptées.
c. Selon les informations tirées d’autres chapitres de ce rapport; un degré élevé de confiance correspond à une probabilité de 67 à 95 % comme cela est indiqué dans la note 6 du Résumé à l’intention des décideurs, TAR GTII.
d. Informations tirées du Résumé technique, TAR GTI, section F.5.
e. Des changements dans la distribution régionale des cyclones tropicaux sont possibles mais ils n’ont pas été établis.



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