Bilan 2001 des changements climatiques :
Conséquences, adaptation et vulnérabilité

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3. Effets sur les systèmes naturels et humains et vulnérabilité de ces systèmes

3.1. Hydrologie et ressources en eau


Figure SPM 3 : Les variations projetées du ruissellement annuel moyen d’ici 2050, par rapport au ruissellement moyen pour 1961-1990, suivent largement les variations projetées des précipitations. Les variations du ruissellement sont calculées à l’aide d’un modèle hydrologique utilisant comme entrées des projections climatiques provenant de deux versions du modèle de circulation générale atmosphère-océan (MCGAO) du Hadley Centre, pour un scénario d’accroissement de 1 % par an de la teneur effective en dioxyde de carbone de l’atmosphère : a) HadCM2 (moyenne d’ensemble); b) HadCM3. Les accroissements projetés du ruissellement à des latitudes élevées et en Asie du sud-est et les diminutions en Asie centrale, autour de la Méditerranée, en Afrique australe et en Australie recoupent sensiblement les expériences du Hadley Centre et les projections des précipitations selon d’autres expériences de MCGAO. Pour d’autres régions du monde, les variations des précipitations et du ruissellement dépendent des scénarios et des modèles.

Les effets de l’évolution du climat sur le débit des cours d’eau et la recharge des nappes souterraines varient selon les régions et les scénarios climatiques envisagés, principalement en fonction des variations projetées des précipitations. D’après les projections fondées sur la plupart des scénarios du changement climatique, on peut s’attendre à une augmentation des débits annuels moyens aux latitudes élevées et en Asie du Sud-Est et à une diminution de ces débits en Asie centrale, dans le bassin méditerranéen, en Afrique australe et en Australie (degré de confiance moyen6) (voir la figure SPM 3); l’ampleur de ces variations diffère cependant selon les scénarios. Dans d’autres régions, y compris aux latitudes moyennes, il n’y a pas de cohérence marquée des projections des débits, en premier lieu à cause des différences des projections relatives aux précipitations et en second lieu à cause des différences des projections relatives à l’évaporation, qui peut contrebalancer l’augmentation des précipitations. Toujours d’après les projections, le retrait de la plupart des glaciers devrait s'accélérer, et plusieurs petits glaciers pourraient disparaître (degré de confiance élevé6). En général, les variations projetées du ruissellement annuel moyen sont moins fiables que les incidences fondées seulement sur les variations de la température, du fait que l’évolution des précipitations varie davantage selon les scénarios. A l’échelle du bassin versant, l’effet d’un changement climatique donné varie selon les propriétés physiques et la végétation des bassins et peut s’ajouter aux modifications du couvert terrestre.4.1]

Un tiers de la population mondiale, soit environ 1,7 milliard de personnes, vivent actuellement dans des pays qui subissent un stress hydrique (en matière de stress hydrique, l’indicateur le plus couramment utilisé consiste en l’utilisation de plus de 20 pour cent des ressources en eau renouvelables disponibles). D’après les projections, ce chiffre devrait être porté à quelque cinq milliards de personnes d’ici 2025, compte tenu du taux de croissance démographique. Le changement climatique projeté pourrait en outre avoir un effet négatif sur le débit des cours d'eau et la réalimentation des nappes souterraines dans beaucoup de pays exposés au stress hydrique – notamment en Asie centrale, en Afrique australe et dans les pays du bassin méditerranéen –, tout en ayant un effet positif sur ces mêmes facteurs dans certains autres pays. [4.1; voir également 5.1.1, 5.2.3, 5.3.1, 5.4.1, 5.5.1, 5.6.2, et 5.8.4 pour des informations à l'échelle régionale]

Si la demande d’eau augmente généralement en raison de la croissance démographique et du développement économique, elle diminue cependant dans certains pays du fait d’une utilisation plus efficace. Le changement climatique ne devrait pas beaucoup influer sur la demande d’eau de distribution et d’eau à usage industriel en général, mais peut par contre avoir un effet considérable sur les prélèvements d’eau aux fins d’irrigation, qui dépendent de la manière dont l’augmentation de l’évaporation est contrebalancée ou accentuée par les variations de la pluviosité. Une hausse des températures, et par conséquent une augmentation des pertes par évaporation des cultures, devrait normalement se traduire par une augmentation de la demande d’eau aux fins d’irrigation. [4.1]

Les inondations pourraient augmenter d’ampleur et de fréquence dans beaucoup de régions du fait de la fréquence accrue des épisodes de fortes précipitations, qui peuvent accroître l’écoulement dans la plupart des zones et faciliter la recharge des nappes souterraines dans certaines plaines inondables. Les changements d’affectation des terres pourraient accentuer ces phénomènes. Pendant les périodes de basses eaux, le débit des cours d’eau devrait diminuer dans de nombreuses régions en raison d’une évaporation accrue, dont les effets pourraient être amplifiés ou neutralisés par les modifications de la pluviosité. Le changement climatique projeté devrait en outre contribuer à diminuer la qualité des ressources en eau en élevant leur température et en augmentant la charge polluante provenant des écoulements et des débordements des installations de traitement des déchets. Alors que la réduction des débits devrait encore accentuer cette perte de qualité, leur augmentation pourrait cependant atténuer, dans une certaine mesure, la dégradation de certaines ressources en eau en favorisant la dilution. Dans les régions où les chutes de neige représentent actuellement une composante importante du bilan hydrique, une proportion accrue des précipitations hivernales pourraient prendre la forme de pluies, ce qui pourrait entraîner un accroissement du débit de pointe et son déplacement du printemps vers l’hiver. [4.1]

Les systèmes hydriques les plus vulnérables seront probablement les systèmes non aménagés ainsi que les systèmes qui sont actuellement soumis à des perturbations ou qui sont exploités d’une manière insatisfaisante et non durable par suite de l’adoption de politiques préjudiciables à l’utilisation efficace des ressources en eau et à la préservation de leur qualité, d’une gestion inadaptée des bassins versants, de l’incapacité de gérer convenablement les variations de l’offre et de la demande d’eau ou du manque de conseils pertinents de la part des spécialistes. Dans le cas des systèmes non aménagés, il n’y a pas ou peu d’ouvrages susceptibles d’atténuer les effets de la variabilité hydrologique sur la qualité de l’eau et l’alimentation en eau. Dans le cas des systèmes qui ne sont pas exploités d’une manière durable, les divers modes d’utilisation de l’eau et des sols peuvent entraîner des contraintes supplémentaires qui accentueront la vulnérabilité aux changements climatiques. [4.1]

Il est possible d’appliquer des techniques de gestion des ressources en eau, notamment des techniques de gestion intégrées, afin de faciliter l’adaptation aux effets hydrologiques du changement climatique et à l’augmentation des incertitudes et d’atténuer ainsi les diverses formes de vulnérabilité. Actuellement, on recourt davantage aux approches axées sur l’offre (protection accrue contre les inondations, construction de digues, utilisation de zones de stockage des eaux – en particulier de systèmes naturels –, amélioration de l’infrastructure pour le captage et la distribution de l’eau) qu’aux approches axées sur la demande (destinées à influer sur le degré d’exposition au stress hydrique), qui font pourtant l’objet d’une attention croissante. La capacité de mettre en œuvre des mesures de gestion efficaces varie toutefois considérablement d’un pays à l’autre et est fort restreinte dans nombre de pays à économie en transition et de pays en développement. [4.1]



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