Bilan 2001 des changements climatiques :
Mesures d'atténuation

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8.9 Coûts associés à l’atteinte d’une fourchette d’objectifs de stabilisation

D’après les analyses coût-efficacité sur un horizon temporel d’un siècle, on estime que les coûts associés à la stabilisation des concentrations de CO2 dans l’atmosphère augmentent au fur et à mesure que le niveau de stabilisation diminue. La variation des niveaux de référence utilisés peut avoir une incidence considérable sur les coûts absolus. Lorsque le niveau de stabilisation fixé passe de 750 ppmv à 550 ppmv, l’augmentation des coûts est modérée, mais lorsqu’il passe de 550 à 450 ppmv, on observe une élévation des coûts plus marquée, sauf dans les cas où les émissions prévues dans le scénario de base sont très basses. Cependant, ces résultats ne tiennent pas compte du piégeage du carbone et des gaz autres que le CO2, ni des effets possibles sur les changements technologiques induits d’objectifs plus ambitieux29. En particulier, le choix du scénario de base influe fortement sur les coûts. De récentes études qui se sont servi des scénarios SRES de base du GIEC pour analyser la stabilisation montrent clairement que la réduction moyenne prévue du PIB, dans la plupart des scénarios de stabilisation étudiés ici, est inférieure de 3 pour cent à la valeur de référence (la réduction maximale dans tous les scénarios de stabilisation atteignait 6,1 pour cent, pour une année donnée). En même temps, certains scénarios (spécialement dans le groupe A1T) indiquaient une hausse du PIB par rapport au scénario de référence, en raison d’une apparente rétroaction économique positive du développement et du transfert de technologies. La réduction du PIB (moyennée sur les canevas et les niveaux de stabilisation) est à son minimum en 2020 (1 pour cent), à son maximum en 2050 (1,5 pour cent), et commence à décliner en 2100 (1,3 pour cent). Cependant, dans les groupes de scénarios où les émissions de référence sont les plus fortes (A2 et A1F1), la réduction du PIB augmente au cours de la période de modélisation. L’échelle de grandeur des réductions du PIB étant relativement petite par rapport aux niveaux absolus du PIB, les réductions prévues, dans les scénarios de stabilisation post-SRES, n’entraînent aucune baisse significative du taux de croissance du PIB au cours du siècle actuel. Par exemple, dans tous les scénarios de stabilisation, le taux de croissance annuel du PIB entre 1990 et 2100 a été réduit en moyenne de seulement 0,003 pour cent par année, la réduction maximale étant de 0,06 pour cent par année.

On détermine la concentration de CO2 dans l’atmosphère en se basant davantage sur les émissions cumulées que sur les émissions annuelles. Autrement dit, il est possible d’atteindre un objectif précis de concentration en utilisant divers cheminements pour les émissions. Un certain nombre d’études laissent croire que le choix d’un cheminements peut s’avérer aussi capital que l’objectif luimême, dans l’évaluation du coût général des mesures d’atténuation. On distingue deux types d’études : celles qui présument que l’objectif est connu, et celles qui jugent que la question de l’objectif fait partie des incertitudes dans les processus de prise de décisions.

Pour ce qui est des études qui présument que l’objectif est connu, l’enjeu consiste à déterminer le moyen le moins coûteux d’atteindre l’objectif d’atténuation fixé. Le choix d’un cheminement peut sembler à ce stade être lié au bilan du carbone. Jusqu’ici, la question a été analysée en ne tenant compte que du CO2, peu d’attention ayant été accordée aux autres GES. Le niveau de concentration détermine la quantité de carbone qu’il est permis de rejeter dans l’atmosphère jusqu’à la date cible. La question est donc de déterminer la meilleure façon de ventiler le bilan du carbone dans le temps.

La plupart des études ayant tenté de déterminer le cheminements le moins coûteux pour atteindre un objectif particulier concluent que ce cheminements a tendance à s’éloigner progressivement du scénario de référence du modèle au cours des premières années, puis les réductions s’accélèrent par la suite. A cela, plusieurs raisons. Une transition progressive, à court terme, à partir de l’actuel système énergétique mondial, limite le remplacement des équipements actuels, laisse le temps de développer de nouvelles technologies et évite le confinement précoce à des versions préliminaires de technologies à faibles émissions progressant rapidement. Par ailleurs, des mesures plus dynamiques à court terme réduiraient les risques pour l’environnement liés à des changements climatiques rapides, accéléreraient la diffusion de technologies existantes à faibles émissions (voir aussi la section 8.10), offriraient des incitations alléchantes à court terme en vue des éventuelles transformations technologiques qui pourraient contribuer à remplacer les technologies à forte intensité de carbone et permettraient l’adoption d’objectifs plus stricts, si cela s’avérait souhaitable, à la lumière de l’évolution des connaissances scientifiques.

Il convient aussi de noter que plus le niveau de concentration visé est bas, plus le bilan du carbone sera réduit, et plus vite on s’éloignera du scénario de référence. Cependant, en fixant des niveaux de concentration plus élevés, on s’éloigne progressivement des niveaux de référence, mais cela n’élimine pas pour autant la nécessité de prendre des mesures hâtives. Tous les objectifs de stabilisation nécessitent à terme le remplacement des équipements par des produits à moins forte intensité de carbone, d’où les répercussions immédiates sur les décisions touchant les investissements à court terme. Les nouvelles possibilités d’approvisionnement mettent généralement de nombreuses années avant d’arriver sur les marchés. Il est donc essentiel de soutenir sans délai et durablement la recherche et le développement, afin de pouvoir répondre au moment voulu à la demande pour des substituts économiques peu coûteux et faibles en carbone.

Nous avons jusqu’à maintenant discuté du coût des mesures d’atténuation. Il importe également d’examiner les effets sur l’environnement des cheminements privilégiés pour les émissions, car ils comportent non seulement des coûts de réduction différents, mais des avantages bien distincts en termes d’effets sur l’environnement évités (voir section 10).

Présumer que l’objectif est connu avec certitude constitue une simplification abusive. Heureusement, la CCNUCC reconnaît la nature dynamique du problème décisionnel. Elle exige une révision périodique “à la lumière des données scientifiques les plus sûres concernant les changements climatiques et leur impact”. Un tel processus, qui privilégie la prise de décisions séquentielles, a pour but de définir des stratégies de couverture à court terme, en tenant compte des incertitudes à long terme. La question pertinente n’est pas de savoir quel est le meilleur plan d’action pour les 100 années à venir, mais quel est le meilleur plan à court terme, compte tenu des incertitudes à long terme.

Plusieurs études ont tenté de déterminer la meilleure stratégie de couverture à court terme en se basant sur les incertitudes concernant l’objectif à long terme. Elles révèlent que l’étendue souhaitable de la couverture dépend de l’évaluation que l’on fait des enjeux, des probabilités et du coût des mesures d’atténuation. La prime de risque (le montant qu’une société est prête à payer pour éviter les risques) constitue, en fin de compte, une décision politique qui est différente pour chaque pays.

8.10 La question des changements technologiques induits

La plupart des modèles utilisés pour évaluer les coûts associés à l’atteinte d’un objectif précis d’atténuation ont tendance à simplifier excessivement le processus du changement technique. En général, on considère que le taux de changement technique est indépendant de la limite des émissions. On dit de ce genre de changement qu’il est “autonome”. Au cours des dernières années, la question du changement technique induit a retenu de plus en plus l’attention. Certains soutiennent que ce changement pourrait faire diminuer le coût des politiques de réduction du CO2 de façon substantielle, voire l’éliminer. D’autres sont beaucoup moins enthousiastes à propos de l’incidence de ce changement.

De récentes recherches semblent indiquer que l’incidence du changement technologique sur le moment des réductions dépend de l’origine de ce changement. Lorsqu’il est l’aboutissement de la R&D, le changement technologique induit favorise une concentration des efforts de réductions dans l’avenir. La raison est que le changement technologique abaisse le coût des réductions futures par rapport à celui des réductions actuelles; il est donc plus rentable de mettre davantage l’accent sur les réductions futures. Mais quand le changement technologique découle de l’apprentissage par l’expérience, le changement technologique induit complique le choix du meilleur moment pour effectuer les réductions. D’une part, le changement technique induit permet de réaliser à faible coût des réductions, d’où l’incitation à miser sur les efforts de réductions futurs. D’autre part, les réductions immédiates ont une valeur ajoutée du fait qu’elles contribuent à l’apprentissage par l’expérience, contribuant à la diminution du coût des réductions subséquentes. C’est la nature particulière des technologies, ainsi que les fonctions de coût, qui déterminent lequel de ces deux effets dominera.

Certaines pratiques sociales pourraient résister au changement technologique, et d’autres, au contraire, le renforcer. Ainsi, la sensibilisation et l’éducation du public pourraient encourager un changement social en faveur d’un environnement propice à l’innovation et à la diffusion des technologies. Il s’agit là d’un domaine de recherche à explorer.



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