Bilan 2001 des changements climatiques :
Les éléments scientifiques

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E. MISE EN ÉVIDENCE D’UNE INFLUENCE HUMAINE SUR LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Les sections B et C traitent des changements observés dans le passé pour ce qui est respectivement du climat et des agents de forçage. La section D est consacrée à la capacité des modèles climatiques de prévoir la réaction du système climatique à ces changements du forçage. Dans la présente section, on utilise ces informations pour essayer de mettre en évidence une éventuelle influence humaine sur les changements climatiques observés jusqu’ici.

C’est là une question d’importance. Le deuxième Rapport d’évaluation concluait que «les éléments dont on dispose laissent entrevoir une influence humaine perceptible sur le climat mondial». On y précisait que la détection des indices d’un changement climatique anthropique et la détermination de ses causes s’effectueraient par une accumulation graduelle d’informations. On y prenait note également des incertitudes liées à un certain nombre de facteurs – notamment la variabilité interne ainsi que l’ampleur et les configurations des forçages et des réactions –, qui ont empêché de tirer des conclusions plus décisives.

E.1 Définitions de la détection et de l’attribution

La détection consiste à montrer qu’un changement observé diffère significativement (au sens statistique du terme) de ce qui pourrait s’expliquer par la seule variabilité naturelle. L’attribution consiste à établir, avec un certain degré de confiance, une relation de cause à effet, et notamment à évaluer les hypothèses concurrentes. La réaction aux variations anthropiques du forçage climatique s’inscrit dans le contexte d’une variabilité naturelle propre au système climatique et d’une variabilité du climat due à des forçages externes. La variabilité interne, c’est-à-dire qui n’est pas forcée par des agents extérieurs, se produit à toutes les échelles de temps – de la semaine au siècle, voire au millénaire. Les composantes climatiques à réaction lente tels que les océans jouent un rôle particulièrement important à l’échelle de la décennie ou du siècle, car elles intègrent la variabilité météorologique. Le climat peut donc produire, sur des échelles de temps très longues, des variations d’une grande ampleur sans aucune influence extérieure. Les variations du climat dues à des forçages externes (les signaux) peuvent résulter d’une évolution de certains facteurs de forçage naturels (rayonnement solaire, aérosols volcaniques, etc.) ou anthropiques (accroissement de la concentration de gaz à effet de serre ou d’aérosols, etc.). En raison de la variabilité naturelle du climat, la détection et l’attribution des changements climatiques anthropiques deviennent un problème statistique de différenciation des signaux et du bruit. Les études de détection permettent de déterminer si un changement observé est ou non hautement inhabituel au sens statistique du terme, sans pour autant en établir nécessairement les causes. L’attribution d’un changement climatique à des causes anthropiques suppose une analyse statistique ainsi que l’évaluation minutieuse de multiples sources de données, en vue de démontrer, avec une marge d’erreur définie à l’avance, que le changement observé:

E.2 Des relevés d’observations plus complets et analysés avec soin


Figure TS 14— Anomalies des températures moyennes mondiales de l’air à la surface, tirées de simulations de contrôle effectuées sur 1000 ans avec trois modèles climatiques différents – Hadley, Geophysical Fluid Dynamics Laboratory et Hamburg, par rapport aux relevés instrumentaux récents. Aucune des simulations de contrôle sur modèle n’indique de tendance à la surface aussi importante que la tendance observée. Si la variabilité interne est correcte dans ces modèles, le réchauffement récent n’est probablement pas dû à la variabilité produite uniquement dans le système climatique. [Fondée sur la Figure 12.1]

D’après les relevés instrumentaux, trois des cinq dernières années (1995, 1997 et 1998) ont été les plus chaudes jamais enregistrées à l’échelle du globe. On a évalué l’incidence des erreurs d’échantillonnage propres aux observations pour les relevés de la température moyenne à l’échelle du globe et de l’hémisphère. De plus on a une idée plus claire des erreurs et incertitudes propres aux températures mesurées à partir de satellites (à l’aide de sondeurs à hyperfréquences, ou MSU). On a dans une large mesure remédié aux incohérences entre les données recueillies par sondeur à hyperfréquences et par radiosonde, bien qu’on s’explique toujours mal l’évolution observée de l’écart entre les températures enregistrées à la surface du globe et dans la basse troposphère (voir la section B). D’après de nouvelles reconstitutions de l’évolution des températures durant les 1000 dernières années, il est peu probable que les variations de la température au cours des 100 dernières années soient entièrement dues à des causes naturelles, même si l’on tient compte des importantes incertitudes qui caractérisent les reconstitutions paléoclimatiques (voir la section B).

E.3 Nouvelles estimations de la variabilité interne par modélisation

D’après les estimations effectuées à l’aide des modèles actuels, il est fort peu probable que le réchauffement observé ces 100 dernières années soit uniquement dû à la variabilité interne. Les relevés instrumentaux portent seulement sur la période où s’est exercée l’influence humaine, tandis que les relevés paléoclimatiques englobent des variations dues à des forçages naturels, telles que celles qui résultent de variations de l’éclairement énergétique du soleil ou de la fréquence des grandes éruptions volcaniques. Ces inconvénients ne laissent guère d’autres possibilités, pour évaluer la variabilité interne du climat, que celle de recourir à de longues simulations «témoins» au moyen de modèles couplés. Depuis le deuxième Rapport d’évaluation, on a utilisé un plus grand nombre de modèles pour évaluer l’ampleur de cette variabilité interne du climat (voir l’échantillon représentatif présenté à la figure TS 14). Comme on peut le constater, ces modèles présentent une variabilité interne à l’échelle du globe d’une grande ampleur. Si les valeurs estimées de la variabilité sur de grandes échelles de temps – qui sont particulièrement utiles pour les études de détection et d’attribution – sont incertaines, certains modèles affichent, à l’échelle interannuelle ou décennale, une variabilité similaire ou supérieure à la variabilité observée, même si certains d’entre eux ne tiennent pas compte de la variance due à des sources extérieures. Les conclusions quant à la détection d’un signal anthropique ne varient pas selon le modèle utilisé pour évaluer la variabilité interne, et les changements récents ne peuvent être mis sur le compte de la seule variabilité interne, même si l’on multipliait par deux ou davantage l’amplitude des variations internes simulées. D’après les études de détection et d’attribution les plus récentes, aucun indice ne porte à croire que la variabilité interne à la surface évaluée à l’aide de modèles ne concorde pas avec la variabilité résiduelle déduite des observations après suppression des signaux anthropiques estimés sur les grandes échelles spatiales et temporelles propres aux études de détection et d’attribution. On notera cependant que nos capacités de détection des incohérences sont limitées. Comme l’indique la figure TS 14, aucune simulation témoin ne révèle une évolution de la température de l’air à la surface d’une ampleur comparable à celle observée durant les 1000 dernières années.


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