Bilan 2001 des changements climatiques :
Les éléments scientifiques

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Méthane (CH4 )


Figure TS 11 — a) Variation de la concentration de CH4 (fraction molaire, ppb = 10-9) déterminée à partir de carottes glaciaires, de névés et d’échantillons d’air complet, tracée pour les 1000 dernières années. Le forçage radiatif, représenté approximativement par une échelle linéaire depuis l’ère préindustrielle, est tracé sur l’axe de droite. b) Concentration de CH4 moyennée mondialement (variation mensuelle) et désaisonnalisée (ligne lisse) tracée pour la période 1983-1999. c) Taux instantané de croissance annuelle (ppb/an) de la teneur atmosphérique mondiale en CH4 de 1983 à 1999, calculé comme une dérivée de la courbe de tendance désaisonnalisée ci-dessus. Les incertitudes (lignes pointillées) sont des erreurs types de ±1. [Fondée sur la Figure 4.1]

Figure TS 12 — Concentration moyenne mondiale (ppt) de CFC-11 (CFCI3) dans la troposphère, de 1950 à 1998, déterminée à partir de mesures lissées et de modèles d’émission. Le forçage radiatif du CFC-11 est indiqué sur l’axe de droite. [Fondée sur la Figure 4.6]
La concentration de méthane (CH4) dans l’atmosphère a augmenté d’environ 150 pour cent (1060 ppb) depuis 1750. La concentration actuelle de CH4 est la plus élevée jamais enregistrée depuis 420 000 ans. Le méthane (CH4) est un gaz à effet de serre d’origine à la fois naturelle (par exemple les terres humides) et anthropique (par exemple l’agriculture, l’exploitation du gaz naturel ou les décharges contrôlées). Un peu plus de la moitié des émissions actuelles de CH4 sont dues aux activités humaines. Le CH4 est éliminé de l’atmosphère par réaction chimique. Comme l’indique la figure TS 11, des mesures systématiques, représentatives à l’échelle mondiale, de la teneur en CH4 de l’atmosphère sont effectuées depuis 1983; pour les périodes antérieures, on s’est fondé sur les informations fournies par les bulles d’air piégées dans les carottes glaciaires et les couches de névé. Le forçage radiatif directement imputable au CH4 est actuellement de 0,48 Wm-2, soit 20 pour cent du forçage total causé par l’ensemble des gaz à effet de serre persistants et bien mélangés (voir la figure TS 9).

La teneur en CH4 de l’atmosphère continue d’augmenter et est passée d’environ 1610 ppb en 1983 à 1745 ppb en 1998, quoique sa progression annuelle se soit ralentie durant cette période. Cette progression a été très variable pendant les années 90 : proche de zéro en 1992, elle a atteint jusqu’à 13 ppb en 1998. Il n’y a pas d’explication quantitative claire de cette variabilité. Depuis le deuxième Rapport d’évaluation, la quantification de certaines sources anthropiques de CH4 telles que la riziculture s’est améliorée.

Le taux d’accroissement de la concentration de CH4 dans l’atmosphère résulte d’un léger déséquilibre entre des sources et des puits mal caractérisés, ce qui rend problématique toute prévision en la matière. Bien que les principaux agents contribuant au bilan global du CH4 aient été identifiés, la plupart d’entre eux sont assez mal quantifiés en raison de la difficulté à évaluer les taux d’émission de sources biosphériques très variables. Les insuffisances de l’évaluation quantitative et de la caractérisation de l’importance des sources de CH4 empêchent de prévoir l’évolution de la concentration de ce gaz dans l’atmosphère (et donc sa contribution au forçage radiatif) pour tout scénario d’émissions anthropiques donné, d’autant plus que les changements climatiques peuvent influer considérablement sur les émissions naturelles et l’élimination du CH4.

Oxyde nitreux (N2O)

La concentration d’oxyde nitreux (N2O) dans l’atmosphère a augmenté régulièrement depuis le début de l’ère industrielle, au point d’être aujourd’hui supérieure de 16 pour cent (46 ppb) à son niveau de 1750. La concentration actuelle de N2O n’a pas été dépassée depuis au moins un millénaire. L’oxyde nitreux est également un gaz à effet de serre d’origine à la fois naturelle et anthropique, qui s’élimine de l’atmosphère par réaction chimique. La concentration de N2O dans l’atmosphère continue d’augmenter au rythme de 0,25 pour cent par an (1980-1998). On note de fortes variations interannuelles de cette tendance à l’accroissement de la concentration de N2O : ainsi, on a enregistré une réduction de 50 pour cent du taux d’accroissement annuel entre 1991 et 1993. Plusieurs raisons possibles ont été avancées, et notamment une utilisation moindre des engrais azotés, une diminution des émissions de N2O d’origine biologique et une accentuation des pertes stratosphériques due à une modification de la circulation en raison de l’activité volcanique. Depuis 1993, le rythme de l’accroissement de la concentration de N2O s’est rapproché de celui enregistré durant les années 80. Si cette variance pluriannuelle a permis de mieux comprendre les processus qui régissent le comportement du N2O dans l’atmosphère, l’évolution pluriannuelle de la concentration de ce gaz à effet de serre reste en grande partie inexpliquée.

Le bilan global de l’oxyde nitreux est mieux équilibré que dans le deuxième Rapport d’évaluation, mais il reste encore d’importantes incertitudes quant aux émissions imputables aux différentes sources. On évalue les sources naturelles de N2O à environ 10 TgN/an (1990), dont environ 65 pour cent en provenance des terres émergées et 30 pour cent en provenance des océans. De nouvelles évaluations, revues à la hausse, chiffrent les émissions d’origine anthropique (agriculture, combustion de la biomasse, activités industrielles et élevage) à quelque 7 TgN/an, ce qui contribue à un meilleur équilibre des valeurs estimées correspondant aux sources et aux puits, en comparaison des indications données dans le deuxième Rapport d’évaluation. Toutefois, la capacité de prévision concernant cet important gaz à effet de serre persistant ne s’est guère améliorée depuis la dernière évaluation. Le forçage radiatif est évalué à 0,15 Wm-2, soit 6 pour cent du forçage radiatif total dû à l’ensemble des gaz à effet de serre persistants et bien répartis à l’échelle du globe (voir la figure TS 9).

Hydrocarbures halogénés et composés apparentés

Par suite de la réduction des émissions découlant de l’application des dispositions du Protocole de Montréal et de ses Amendements, la concentration dans l’atmosphère de bon nombre des gaz à effet de serre qui contribuent en outre à l’appauvrissement de la couche d’ozone diminue (CFC-11, CFC-113, CH3CCl3 et CCl4) ou augmente plus lentement (CFC-12). Bon nombre de ces hydrocarbures halogénés sont également des gaz a effet de serre persistants à effet radiatif direct. Ces composés carbonés qui contiennent du fluor, du chlore, du brome ou de l’iode sont, dans la plupart des cas, des sous-produits de l’activité humaine. Les hydrocarbures halogénés qui contiennent du chlore (par exemple les chlorofluorocarbones, ou CFC) et du brome (par exemple les halons) provoquent l’appauvrissement de la couche d’ozone stratosphérique et sont réglementés par le Protocole de Montréal. L’abondance troposphérique combinée des gaz appauvrissant la couche d’ozone a atteint son maximum en 1994 et diminue lentement depuis. L’abondance atmosphérique de certains des principaux hydrocarbures halogénés à effet de serre a également atteint son maximum, comme on le voit pour le CFC-11 à la figure TS 12. Les concentrations des CFC et des hydrocarbures chlorés dans la troposphère sont conformes aux données sur les émissions. Les hydrocarbures halogénés engendrent un forçage radiatif de 0,34 Wm-2, ce qui représente 14 pour cent du forçage radiatif imputable à l’ensemble des gaz à effet de serre répartis de façon homogène à l’échelle du globe (figure TS 9).

On a pu constater l’accroissement de la concentration dans l’atmosphère des produits de remplacement des CFC, dont certains sont des gaz à effet de serre. Les hydrocarbures partiellement chlorofluorés (HCFC) et partiellement fluorés (HFC) y sont en effet plus abondants en raison de la persistance de leurs usages antérieurs et de leur utilisation comme produits de remplacement des CFC. Ainsi, la concentration de HFC-23 a plus que triplé entre 1978 et 1995. Comme les HFC sont encore relativement peu abondants, ils contribuent peu au forçage radiatif. Il en va de même pour les HCFC, et les émissions futures de ces gaz sont en outre limitées par le Protocole de Montréal.

Les hydrocarbures perfluorés (PFC, tels que CF4 et C2F6) et l’hexafluorure de soufre (SF6), d’origine anthropique, ont un temps de séjour atmosphérique extrêmement long et sont d’excellents absorbants du rayonnement infrarouge. En conséquence, ces composés, même rejetés en quantités relativement minimes, peuvent avoir une influence durable sur le climat. Le perfluorométhane (CF4), initialement d’origine naturelle, séjourne dans l’atmosphère pendant au moins 50 000 ans. Par contre, les émissions anthropiques actuelles de ce composé, qui sont mille fois au moins plus importantes que les émissions naturelles, sont la cause de l’accroissement manifeste de sa concentration. Quant à l’hexafluorure de soufre (SF6), c’est un gaz à effet de serre 22 200 fois plus actif, à poids égal, que le CO2. Si sa concentration dans l’atmosphère est encore très faible (4,2 ppt), elle augmente à un rythme élevé (0,24 ppt/an). Il y a concordance entre le taux de croissance observé du SF6 atmosphérique et ses émissions, calculées sur la base des données révisées de vente et de stockage.



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